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 THEM "The Story of Them" (1966)

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Puck
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MessageSujet: THEM "The Story of Them" (1966)   Sam 13 Sep - 18:56

L’invasion britannique, soit l’éclosion en Europe de l’évolution de la musique américaine la plus importante depuis celle du rock and roll une décennie auparavant. Le début des années 60 voit se multiplier en Angleterre les tournées de musiciens d’outre atlantique dont la musique est pour l’essentiel issue de la culture noire. Blues, rock and roll et soul, les « package tour » permettent à toute la génération du baby boom de découvrir une musique furieusement vivante qu’ils écouteront ensuite à la radio jusqu’à la maîtriser totalement. Beatles, Rolling Stones, Kinks, Who, Animals, tous iront à la conquête des USA avec des chansons qui doivent beaucoup au nouveau monde. Et si les trois premiers de cette liste évolueront dans la seconde moitié de la décennie vers un style plus personnel qu’on appellera selon les cas le rock ou la pop, l’histoire des Animals ou de leurs cousins irlandais de Them restera marquée par la culture du rythm and blues. Une culture de la reprise et de la scène qui met la force de l’interprétation en avant plus que tout. Une culture du single puissant et entraînant, ou éventuellement poignant, à une époque ou Dylan n’a pas encore suffit démocratisé l’idée de l’album en tant qu’élément uni.

Si les Animals survivront sous la joug de leur chanteur Eric Burdon, Them n’existera que le temps d’une poignée de singles et de deux 33t avant de se séparer en pleine gloire pour laisser l’occasion à son chanteur et leader Van Morrison d’évoluer radicalement dans une carrière solo. Reste donc une quarantaine de titres de cette nouvelle musique rock teintée de blues, compilés sur le double cd « The Story of Them ». Si l’histoire du groupe est si courte, c’est qu’il n’a pas pu survivre plus de quelques mois au départ d’un tel chanteur, pas encore installé dans les digressions vocales de son Astral Weeks mais déjà interprète puissant capable de passer du murmure au cris en des lignes vocales mémorables, sans doute le seul à rivaliser avec le Mick Jagger des débuts dans un registre similaire. Et même si les Stones ont été les premiers à s’affranchir du carcan de la reprise avec des singles rock parfaits, Them les surpasse largement dans l’enchaînement constant de reprises et de compositions originales ne déparaissant pas les unes faces aux autres. Quand le groupe se sépare fin 66 après deux ans d’existence discographique sans temps morts, les Stones n’ont atteint la perfection que depuis quelques mois avec la sortie d’Aftermath.

Et pourtant, si le groupe n’a connu un grand succès en Grande Bretagne qu’avec le son édulcoré de « Here Comes the Night », issu d’une collaboration avec Bert Berns (compositeur essentiel de la soul, à qui l’invasion britannique doit beaucoup, il est à l’origine de classiques comme « Twist and Shout » et « If You Need Me »), c’est avec une composition originale de Van Morrison qu’il laisse sa plus grande trace dans l’histoire. Hymne sauvage sans pareil, « Gloria », avant de devenir la reprise obligée de tous les groupes de garage, était sortie en 1964 comme face b d’une reprise de « Baby Please Don’t Go » de Big Joe Williams (notable, outre par sa qualité, par la présence du jeune Jimmy Page à la guitare). A partir de ce second single, la fougue de Van Morrison est inaltérable et chaque nouvelle chanson, rock ou ballade indifféremment, est une nouvelle preuve de sa versatilité. Qu’il laisse son timbre naturel séduire l’oreille, ou qu’il atteigne la limite du cris dans un chant sec et rugueux, il parvient à s’approprier une série de standards parmi les plus célèbres, sans qu’aucune de ses performances n’ait à rougir de la comparaison avec des originaux pourtant définitifs : Baby Please Don’t Go, Route 66, Just Try a Little Bit, Baby What You Want Me To Do, I Put a Spell On You, I Got A Woman, Stormy Monday… Pour tous ces morceaux, les versions de Them font aujourd’hui partie du mythe. En fait, même lorsque des interprétations semblables et également réussies existent, comme « Bright Lights, Big City » et « It’s All Over Now Baby Blue » auxquelles Eric Burdon a également prêté son timbre, Van Morrison parvient par l’intensité et le caractère de son chant à rester mémorable. Et il faut entendre ce que l’un ou l’autre tire de la simplicité de la chanson de Dylan pour redécouvrir sous un autre angle le talent de ce dernier.

Si la force des vocaux de Van Morrison suffirait sans doute à faire de Them un groupe essentiel, ils ne doivent pas totalement éclipser les musiciens plus anonymes qui l’accompagnent. Car outre sa versatilité, celle du groupe lorsqu’il enchaîne de pures poussées d’adrénaline comme « Gloria » et des plaintes déchirantes comme « I’m Gonna Dress in Black » ou « Richard Cory » est également à saluer. Caractérisé par une rythmique influencée par le jungle beat de Bo Diddley et la constance d’un son de basse lourd et chaud, le son de Them varie en surface entre guitare, orgue ou harmonica d’un titre à l’autre, ce qui fait de « The Story of Them » l’une des rares compilations de singles à ne pas épuiser trop vite l’oreille de son auditeur, et ce malgré deux disques bien chargés. L’histoire de Them, outre deux années de rock jouissif révolues depuis plus de quarante ans, c’est deux heures et demi toutes aussi jouissives et qu’on peut écouter sans discontinuer, encore et encore, à l’image des deux premiers L.P. des Animals ou de la crème des premiers singles des Stones.
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Eric
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MessageSujet: Re: THEM "The Story of Them" (1966)   Dim 14 Sep - 15:26

C'est joli, tiens, d'envoyer ça alors que vendredi soir j'ai écrit un article sur Them dans le train...

Tu me coupes l'herbe sur le pied, c'est moche.
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Puck
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MessageSujet: Re: THEM "The Story of Them" (1966)   Dim 14 Sep - 18:01

J'espère au moins qu'on a pas dis tous les deux exactement les mêmes choses...

Si j'ai du courage ce soir, j'essayerai de faire un petit truc sur l'album de Van Morrison sous la direction de Bert Berns, entre la fin de Them et ses vrais débuts solo avec Astral Weeks. C'est un disque assez intéressant je trouve, il y abandonne la dimension de blues-shouter de son interprétation, mais n'a pas encore cette manière qui fera toute sa carrière d'utiliser la voix comme un instrument. A part quelques instants, dans T.B. Sheets, qui reste un des sommets de son œuvre et peut être le meilleur blues long que je connaisse, encore supérieur au Going Home des Stones.
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Puck
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MessageSujet: Re: THEM "The Story of Them" (1966)   Lun 15 Sep - 23:47

Pour beaucoup de monde, à commencer par l’intéressé lui même, le premier album solo de Van Morrison est son chef d’œuvre Astral Weeks. Il a pourtant gagné les USA dès son départ de Them pour y rejoindre son collaborateur Bert Berns qui l’encourageait à entreprendre une nouvelle carrière et a dirigé pour lui une série de sessions au mois de mars 1967. L’auteur de « Here Comes the Night », grand manitou de la soul américaine, a tiré Van Morrison de son statu de chanteur de rhythm and blues pour le plonger dans des arrangements pop moins brutaux et plus sophistiqués, le proposant l’une de ses chansons, « Goodbye Baby » et un réarrangement du standard « Midnight Special » en plus des six compositions dans lesquelles Van the Man cherche manifestement à renouveler sa plume et son style musical.

Au court de ces sessions, Morrison a manifestement le cul entre deux chaises. Il n’est déjà plus ce qu’il était et peine à avancer vers ce qu’il sera bientôt. Avec des versions de « Ballerina » et « Madame George » que Berns écarte et qu’il pourra enfin mener à bon terme en prenant son envol seul sur Astral Weeks, le chanteur irlandais commence à peine sa métamorphose en incantateur pop. Insatisfait du résultat des sessions, il se brouillera rapidement avec son producteur et regagnera son pays natal alors que ce dernier fait éditer contre la volonté de l’artiste l’album Blowin’ Your Mind. Si son statu reste particulier dans la carrière du chanteur, et est effectivement à la traîne dans sa discographie solo, il permet aujourd’hui d’entendre une étape majeure dans la transformation d’un interprète et d’un compositeur, et de profiter des deux classiques que sont « Brown Eyed Girl » et « T.B. Sheets ».

Tout en légèreté, le single qui devait originellement s’intituler « Brown Skined Girl » prouve la qualité des arrangements de Bert Berns. Bien moins vital que les performances de Van Morrison avec Them auparavant ou en solo les années suivantes, le single sera tout de même son plus grand hit. En tout juste trois minutes, c’est une petite chanson pop parfaite, avec un air entraînant et des « la la la » à faire chanter le public en cœur. Van Morrison ne s’y trompera d’ailleurs pas en la réinventant dans ses concerts et en l’enregistrant pour le double live « It’s Too Late to Stop Now ». Mais s’il évolue tres clairement, il n’a effectivement encore rien de vraiment neuf à apporter à la musique pop. Illustrant cela, la plus grande réussite de l’album est celle qui reste le plus proche des morceaux de Them, et qui reste encore aujourd’hui une tentative unique dans une carrière pourtant riche.

« T.B. Sheets » est un long et terrible blues de près de dix minutes, magnifié par un orgue et un harmonica aux échos sépulcraux alors que Van Morrison incarne d’une voix angoissée toute la misère du monde. Dix interminables minutes des hésitations et questionnement d’un homme dont l’amante est atteinte de la tuberculose. Incapable de trouver une réponse sensée aux peurs qui les habite, lui et son aimée, la seule chose à laquelle il peut penser alors qu’il lui rend visite est à cette fenetre qui reste irrémédiablement fermée alors que la seule chose à laquelle il peut penser est l’air frais que ses poumons appellent ardemment, comme la promesse d’une fuite éperdue, loin de ce lieu de mort. Un sujet totalement propice au genre, et une interprétation qui en font l’un des meilleurs blues modernes, ainsi qu’une chanson maladive et malsaine comme si peut sont capables de le faire sentir à leurs auditeurs. Comme lorsqu’il chantait pour Them, Morrison évoque Mick Jagger, et il surpasse ici la performance pourtant fabuleuse des Rolling Stones sur leur propre blues interminable, « Going Home ». Pourtant, cachés sous la maîtrise totale d’un art déjà connu, Van Morrison laisse également éclater quelques instants sa voix dans ce qui fera de lui un chanteur irremplaçable à partir d’Astral Weeks. « Open up the window, and let me breath… let me breath… » Lorsqu’il s’empare d’une phrase et la répète, entière ou par bribes, il en déforme tant le sens que sa voix prend le dessus sur son discourt et devient cet instrument majeur, qui par son timbre, son intensité ou sa tonalité font passer tout ce que le blues ne peut exprimer par des mots.

Reste six autres chansons qui font plus figure de document témoignant des errances d’un artiste en quête d’une nouvelle identité. Les arrangements pop peut inventifs de Bert Berns ne laisse à aucun autre moment de Blowin’ Your Mind la liberté à Van Morrison de s’exprimer aussi pleinement que sur « T.B. Sheets », et chacune des chansons fait un peu figure de remake inférieur de « Brown Eyed Girl ». Sur « Midnight Special », qui aurait pourtant très bien pu faire partie du répertoire de Them, le chanteur ne retrouve même pas l’excellence de son interprétation d’alors, perdu qu’il est dans une forme trop édulcorée. C’est le moment le plus frustrant d’un disque très inégale que cette rencontre ratée d’un chanteur d’exception avec un standard inoubliable de la musique américaine. Le reste du temps, il cherche un moyen de maîtriser sa voix sans parvenir à faire plus que chanter juste, et surtout sans que jamais l’idée de transe qui habite tous ses efforts postérieurs ne soit présente, même en un arrière plan incertain. Il est évident que le caricatural exercice de style hispanisant de « Spanish Rose », ou des airs plus jazzy comme « Who Drove the Red Sports Car » et soul comme « He Ain’t Give You None » et « Ro Ro Rosey », ne restent appréciables que par la beauté fraîche et directe du timbre de Van Morrison, et la perfection avec laquelle le disque rend ses inflexions vocales. Cette beauté ne se perd pas, mais la force, l’intensité, la puissante originalité qui caractérisera Van Morrison ne sont ici encore qu’un potentiel discret qui n’éclate au grand jour que le temps d’un « T.B. Sheets » dont le génie empêche à lui seul de faire le saut de Them à Astral Weeks sans se soucier de Blowin’ You Mind.

A toute chose, malheur est bon. La mort prématurée de Bert Berns fin 1967 libérera Van Morrison de ses obligations contractuelles et lui déliera les ailes pour voler vers d’autres cieux. Il restera pourtant toujours aigre, s’agissant de cet album imparfait et de sa collaboration avec le producteur auquel il continuera à vouer une rancune tenace. Comme si, pour lui, Blowin’ Your Mind aurait pu être, sans Bert Berns, quelque chose de plus proche de l’excellence d’Astral Weeks.
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beat4less
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MessageSujet: Re: THEM "The Story of Them" (1966)   Jeu 1 Avr - 18:07

C'est bien ça dit.
Et les Belfast Gypsies ?!

Edit : merde je croyais que les Belfast Gypsies étaient les pre-Them, mais ce serait juste une formation du groupe sans Van Morrison ???
Je veux bien qu'on m'éclaire...
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mtwallet
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MessageSujet: Re: THEM "The Story of Them" (1966)   Ven 2 Avr - 10:16

Ecoute ça, c'est bien, même sans momo



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